George Méliès est un nom qui résonne dans le monde du cinéma et de la magie. Artiste complet, cet homme a marqué l’histoire en étant à la fois réalisateur, producteur, acteur et aussi magicien. Son influence sur les débuts du cinéma a été immense et son héritage continue d’inspirer de nombreux artistes encore aujourd’hui. Mais qui était vraiment Georges Méliès ? Qu’a-t-il apporté à ces arts ? On fait le point dans cet article !
Les débuts de Georges Méliès

Marie-Georges-Jean Méliès nait le 8 décembre 1861, dans une famille de cordonniers. Souhaitant d’abord devenir peintre, il commence à travailler dans l’entreprise de son père avant que ce dernier ne l’envoi en Angleterre en 1883 pour y améliorer son anglais. C’est là bas qu’il apprend les rudiments de la prestidigitation, notamment à l’Egyptian Hall, haut lieu de la magie à cette époque.
De retour en France, il donne des séances de magie dans quelques brasseries voulant bien l’accueillir, et même au cabinet fantastique du Musée Grévin, qui possédait alors son théâtre où des magiciens se relayaient pour y présenter leurs numéros.
A côté de sa fascination pour la magie, Georges Méliès continue d’avoir une passion pour la peinture, et plus généralement pour le dessin. Il devient le caricaturiste du journal La griffe, dessins qu’il signe de son pseudonyme Geo Smile, un quasi anagramme de son nom de famille. Plus tard, il dessinera les costumes pour ses films, les décors de ceux-ci, et continuera de réaliser des caricatures jusqu’à sa mort.
En 1888, Georges Méliès décide de quitter l’entreprise familiale en vendant les parts qu’il possède à l’un de ses frères pour racheter un théâtre. Ce théâtre n’est autre que le Théâtre des soirées fantastiques de Robert-Houdin, alors dirigé par la veuve d’Emile Robert-Houdin. Il en devient le directeur, et va redonner une impulsion à cet endroit mythique de la magie française.
Le théâtre Robert-Houdin
En rachetant le théâtre Robert-Houdin, Georges Méliès en devient le directeur. Il rachète également la plupart des automates de Robert-Houdin, qu’il continue de présenter, et va créer de nouvelles illusions à présenter au public. C’est ainsi que l’on voit passer sur les scènes du théâtre des illusions comme Le Nain jaune, Un tableau de fantaisie, Le décapité récalcitrant et bien d’autres.
Sur scène, Georges Méliès est aidé de plusieurs autres magiciens qui se relaient pour assurer les représentations. On pouvait ainsi voir Okita dans ses récréations japonaises, Duperrey, Raynaly, Legris et bien d’autres dans leurs exercices de prestidigitation
Georges Méliès dirigera ce théâtre jusqu’à la cessation de son activité en 1917. En 1924, le théâtre est démoli pour permettre l’agrandissent du boulevard Haussmann.
La découverte du cinéma
En 1895, Georges Méliès est invité par les frères Auguste et Louis Lumière à la présentation d’un tout nouvel appareil : la première projection publique du cinématographe. Georges Méliès est fasciné par l’appareil, et voit tout de suite le potentiel qu’il pourrait en tirer pour son propre compte. Il demande aux frères Lumière s’il peut racheter leurs brevets, ce qu’Auguste et Louis Lumière refusent. Loin de se démonter face à cet obstacle, Georges Méliès rachète alors les droits d’un appareil similaire aux frères Isola (célèbres magiciens et directeurs de théâtres) et les droits d’un appareil anglais. Il fonde ainsi sa propre société de production Star Film en 1897. Armé de cette nouvelle technologie, Georges Méliès fait construire deux studios pour sa société, situés dans sa propriété à Montreuil près de Paris.
Dans les premiers films qu’il réalise, Georges Méliès rend hommage au théâtre qu’il a racheté en produisant en 1896 le film « Escamotage d’une dame au théâtre Robert-Houdin ». D’une durée de moins de 2 minutes, on y voit Georges Méliès lui-même accueillant une dame et la faisant s’asseoir sur une chaise avant de la couvrir dun drap. Après quelques passes magiques, le drap est retiré, et la dame a disparu. Ce film est l’un des premiers, si ce n’est le premier, à utiliser un trucage vidéo pour les besoins d’un film, en ce sens, Georges Méliès est considéré comme l’un des pionniers du trucage vidéo. Ses futures productions n’échapperont pas à la règle, et de nombreuses scènes magiques seront réalisées à partir de trucages directement faits sur les bobines, notamment par le procédé de découpe et de collage de différentes bobines ensemble.
On estime qu’en dix-sept ans d’activité Georges Méliès a réalisé près de 600 films, principalement dans le genre fantastique, de science-fiction et sur la reconstitution historique. Malheureusement pour nous, sur l’ensemble de son oeuvre, seule une poignée de films nous est parvenue. En effet, vers 1923, alors que Georges Méliès est acculé de dettes, il vend une partie de ses biens, et ses films sont disséminés un peu partout par le biais de divers marchands. Dans un moment de colère, Georges Méliès lui-même brûle une partie de ses films.
Quelques décennies plus tard, c’est grâce au travail de passionné, de sa descendance et de la cinémathèque de Paris, qu’une partie de ce drame sera réparée, et que de ce patrimoine existe encore, grâce à certains films qui ont pu être miraculeusement sauvés. On pourrait en citer beaucoup, mais l’un d’entre eux est certainement l’une des images les plus célèbres du cinéma français, représentant une lune au visage humain avec un obus dans son œil droit. Cette image extraite du film Le voyage dans la Lune est l’un des chefs d’œuvre de Georges Méliès, film d’une durée de presque un quart d’heure dans lequel des astronomes décident de partir sur la Lune à bord d’une fusée pour y découvrir la vie sur cet astre. S’en suivra une rencontre avec le peuple autochtone de la Lune avant un retour en héros sur Terre. Voir ci-dessous la vidéo du Voyage sur la Lune.
Les dernières années de Georges Méliès
Avec l’arrivée des grandes compagnies de production américaines et la Première Guerre mondiale, Georges Méliès rencontre des difficultés financières. Criblé de dettes, il vend la quasi-totalité de ses biens et doit fermer son studio. N’ayant plus le théâtre Robert-Houdin, ni ses studios, ni ses films qui furent dispersés un peu partout, son œuvre tombe peu à peu dans l’oubli. Georges Méliès devient alors vendeur de jouets et de confiseries dans une gare à Paris.
Seule sa passion pour le dessin subsiste sans demander trop de moyens, et c’est dans ces conditions qu’il se caricaturera enchainé derrière le comptoir de sa petite boutique, à la manière d’un prisonnier forcé de travailler.
Une lueur d’espoir pointe enfin le bout de son nez dans les années 1920 où son travail est redécouvert et où il est célébré pour ses contributions à ce qui deviendra plus tard le septième art. Il recevra par ailleurs quelques années plus tard la légion d’honneur pour sa contribution au cinéma.
De nos jours, Georges Méliès est reconnu par el public partout à travers le monde. Son héritage continue de vivre à travers les nombreux artistes qui s’inspirent de son travail, et par ses descendants (comme Madeleine Malthête-Méliès) qui tentent de faire connaître son histoire. La cinémathèque de Paris tente de regrouper un fond documentaire sur sa vie. Sa capacité à mêler la magie et le cinéma a ouvert de nouvelles voies créatives et a inspiré de nombreux réalisateurs. La réalisation de biographies, de documentaires et de films grand public directement inspirés de sa vie sont la preuve de l’influence qu’a eu l’artiste, c’est notamment le cas de Hugo Cabret, dont l’histoire se déroule au moment où Georges Méliès travaille dans sa boutique de jouets de la Gare Montparnasse. Madeleine Malthête-Méliès, la petite fille de Georges Méliès, rédige également une biographie sur son grand-père : Georges Méliès, l’enchanteur, qui paraît en 1973 et qui permet d’en apprendre plus sur cet artiste français.