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Les coulisses des spectacles dans les parcs d'attractions

26 janvier 2026 par
Les coulisses des spectacles dans les parcs d'attractions
Thibault Ternon


Aujourd'hui nous avons le plaisir de recevoir Gianni Henderson pour la seconde partie de Détours de magie, dédiée à la magie dans les parcs d'attractions !

Résumé de l'épisode :


Parcours d'un magicien dans les parcs d'attraction : des débuts à la maîtrise logistique

Gianni, magicien professionnel, retrace son parcours dans les parcs d'attraction, depuis ses débuts fortuits dans un parc animalier juste après ses études, jusqu'à ses 15 ans d'expérience dans le même parc. Il détaille les défis uniques liés à ce type de public et de lieu, les adaptations logistiques et techniques qu'il a dû développer, et partage des anecdotes illustrant la réalité de ce métier exigeant mais passionnant.

Débuts et opportunité dans un parc animalier

Dès l'âge de 16 ans, Gianni décide de faire de la magie son métier, bien que ses parents insistent pour qu'il termine d'abord ses études. Le jour même de la remise de son diplôme, le 30 juin, il annonce sa décision, et dès le lendemain, le 1er juillet, il commence à travailler dans le parc animalier "Le Monde Sauvage" en Belgique. Pendant deux saisons estivales, il y donne 3 spectacles d'une demi-heure par jour, 7 jours sur 7, dans un ancien hangar à tracteurs reconverti en théâtre. Cette expérience lui permet de travailler de manière professionnelle, ce qu'il jugeait essentiel pour sa carrière.

L'opportunité décisive se présente lorsqu'à 18 ans, il participe bénévolement à un spectacle télévisé où il présente un numéro de colombes de 10 minutes. Il y est repéré par Lou De Price, un chanteur connu, qui, inspiré par Siegfried & Roy, lui propose de créer une illusion avec un guépard pour le parc animalier. Sans posséder ni cage ni expérience avec de grands félins, Gianni accepte le défi. Il construit lui-même une cage en aluminium aux dimensions de l'animal et met au point un numéro où une chanteuse, une fois dans la cage, se transformait en guépard avant de réapparaître au fond de la salle. Ce contrat, partagé avec Lou De Prick qui chantait sur scène, marque une transition fulgurante du statut d'étudiant à celui de magicien de parc.

Carrière et évolution dans un parc d'attraction

Après cette première expérience au milieu des années 90, Gianni contacte de sa propre initiative un parc d'attractions. Son arrivée est opportune, car le magicien précédent venait de quitter les lieux en pleine saison. Il y travaille pendant 5 ans, assurant un rythme intensif de 4 spectacles de 20 minutes par jour, 7 jours sur 7, durant les 4 mois de la saison estivale, totalisant près de 500 représentations par été. Après une interruption de 10 ans suite au rachat du parc, il est recontacté et cumule, en 2025, 15 saisons de travail dans ce même lieu sur une période de 25 ans.

Face à la lassitude inhérente à une telle répétition, Gianni fait évoluer son spectacle. Il adapte d'abord son numéro pour permettre une remise en place (reset) quasi instantanée. Puis, souhaitant intégrer des grandes illusions sans assistante, il conçoit et fabrique un spectacle entièrement réalisable en solo. Inspiré par Hans Klock, il construit un ventilateur qu'il traverse, utilisant un moteur de visseuse pour contrôler la rotation des pales. Il modifie également une lévitation pour faire voler deux enfants assis sur un banc de jardin et crée un final spectaculaire : il s'enferme dans une boîte qui s'élève, puis s'ouvre en l'air pour révéler sa disparition, avant de réapparaître près de la sortie avec des pistolets à eau. Ce numéro de 20 minutes, qu'il adorait présenter, était une prouesse d'ingénierie et d'autonomie.

Les défis uniques des spectacles en parc

Gianni souligne que le public des parcs d'attraction perçoit le spectacle comme une attraction parmi d'autres, et non comme l'événement principal d'une soirée au théâtre. Cette particularité engendre des défis uniques. Il a dû faire face à des spectateurs qui partent en cours de spectacle, à des grands-parents qui s'endorment de fatigue, ou encore à des gens qui viennent simplement pour s'asseoir et se reposer ou s'abriter de la pluie. L'enthousiasme et les applaudissements ne sont pas comparables à ceux d'une salle de spectacle classique.

Pour s'adapter à un public international, son spectacle était entièrement visuel et sans paroles. Il intégrait même des plages de 3 à 5 secondes pour les applaudissements dans sa bande-son, devant respecter ce timing même lorsque le public applaudissait moins longtemps, ce qui forge l'expérience. Il a dû apprendre à gérer des salles de 100 personnes parfois complètes avec une file d'attente à l'extérieur, comme des représentations devant un public très restreint, son minimum étant de 3 personnes : un enfant émerveillé accompagné de ses deux parents qui ne regardaient même pas le spectacle. Ces expériences, bien que déstabilisantes, ont renforcé sa capacité d'adaptation et sa résilience.

Contraintes logistiques et anecdotes techniques

La gestion d'un spectacle en parc impose de nombreuses contraintes matérielles. L'ensemble du show était automatisé et lancé depuis une console en coulisses. Gianni raconte comment une coupure de courant a un jour redémarré la musique au début en plein milieu du spectacle, l'obligeant à sortir de scène pour avancer manuellement la piste devant un public compréhensif. Les conditions de travail étaient parfois extrêmes, notamment la chaleur insupportable dans le chapiteau non climatisé durant la canicule de 2003, qui le forçait à changer de chemise et de t-shirt, trempés de sueur, après chacun des quatre spectacles.

Travaillant 7 jours sur 7, il devait être présent quelles que soient les conditions météorologiques, car même par forte pluie, des groupes ayant réservé à l'avance se présentaient, faisant du théâtre la seule attraction couverte. À l'inverse, certains jours de faible affluence, il lui arrivait de ne faire aucun spectacle, tout en devant rester sur place. Une anecdote marquante illustre le manque de communication : le parc a un jour fermé plus tôt en raison du mauvais temps, mais personne n'a pensé à le prévenir, le laissant attendre seul pour un dernier spectacle qui n'aurait jamais lieu. Ces aléas logistiques font partie intégrante de l'expérience, tout comme la gestion de techniciens aux horaires stricts, comme cette fois où il a dû finir de démonter son matériel sur un parking en plein hiver à la lueur des phares de sa camionnette, car les employés du théâtre terminaient leur service à minuit.

Bilan, diversification et conseils aux aspirants magiciens

L'expérience des parcs s'inscrit dans une carrière diversifiée. Gianni propose également du close-up en restaurant, du mentalisme, des spectacles pour enfants et un numéro de changement rapide de costumes (quick change) pour des galas. Sa clientèle principale reste l'événementiel d'entreprise. Ses quelques apparitions télévisées en Belgique lui ont surtout servi à obtenir du contenu visuel pour sa promotion, sans impact majeur sur sa carrière.

Aux magiciens souhaitant se lancer dans les grandes illusions, il donne un conseil essentiel : être un bon bricoleur. Fabriquer soi-même son matériel est crucial pour maîtriser les coûts, qui peuvent être très élevés. Il souligne également la logistique lourde associée à cette discipline : alors qu'un spectacle de close-up ne demande que peu d'installation, une prestation de grande illusion de 20 minutes peut nécessiter une demi-journée de montage et une heure de démontage, souvent seul, après le départ de tous les autres artistes. Il conclut en rappelant que le public ne voit que le spectacle final, ignorant toute la complexité et le travail qui se cachent en coulisses.

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