Alors que nous venons d’annoncer la sortie du livre Dominique, le roi du bluff, il nous a paru intéressant de revenir en quelques mots sur l’histoire du pickpocketisme, et notamment en vous faisant part d’une anecdote croustillante qui a eu lieu il y a près de 200 ans, par l’immense artiste qu’était Louis Comte.

Portrait à charge de Louis Comte (Musée Carnavalet)
Louis Comte (1788-1859) fut l’un des plus illustre magicien et ventriloque de son temps. Directeur du théâtre des jeunes élèves, il se bâti une solide réputation, et fut le magicien de certaines têtes couronnées, ce qui lui valu le titre de physicien du roi.

Nous vous transcrivons ici-même une anecdote croustillante à son propos :
« En parlant du célèbre prestidigitateur Comte, qui est mort récemment, nous avons oublié de raconter une aventure qu’il aimait à redire lui-même et qui date de la Restauration. Comte, qui était dans tout l’éclat de sa réputation, fut mandé chez M. de Villèle, alors ministre. Inquiet des bruits qui avaient couru de soustractions considérables commises au jeu dans les salons les plus brillants de Paris, M. Villèle voulait savoir s’il était possible, comme on le lui avait dit, d’amener à l’écarté, avec des cartes préparées, la retourne qu’on voulait, et de choisir ses cartes. Comte l’en convainquit en faisant plusieurs tours devant lui.
Le ministre, tout en causant, reconduisit jusqu’à la porte de son cabinet Comte, qui, avisant l’huissier, dit à M. de Villèle : « Que Votre Excellence me permette de lui dire qu’elle a un huissier bien négligent. – Et comment cela ? dit le ministre. – Il n’a pas même eu le soin de mettre sa chaîne. » L’huissier porta à la fois ses yeux et ses mains sur sa poitrine, et demeura stupéfait en n’y retrouvant plus l’insigne de sa charge. « Et je suis sûr que si Votre Excellence lui demandait l’heure, il ne pourrait pas la lui dire. » L’huissier porta la main à son gousset, et, n’y trouvant pas sa montre, devint très-pâle. « Allons, donnez-moi une prise de tabac et nous retrouverons peut-être tout cela, » continua Comte. La tabatière avait déserté comme la montre. « Avec-vous au moins de l’argent pour acheter du tabac ? » poursuivit Comte. L’huissier fouilla dans sa poche, plus de bourse. Il demeurait pâle, interdit, confus, ne sachant s’il rêvait ou s’il veillait, lorsque Comte lui dit en lui indiquant un solliciteur qui attendait : « J’ai en idée que tout cela pourrait se trouver dans le chapeau de monsieur. » Tout s’y trouva en effet, et, pendant que M. de Villèle riait de bon cœur, Comte sortit en répandant un déluge de billets dans le salon, et en répétant : « Je suis monsieur Comte, premier physicien du roi, et prestidigitateur de leurs Altesses Royales les Infants d’Espagne, » et la voix de fausset qui était sortie du cochon de Valençay répliquait aussitôt, comme un accompagnement nasillard : « C’est ce soir à huit heures, huit heures bien précises, prenez vos billets ! »
Presque deux siècles plus tard, Dominique Risbourg (qui prendra son prénom comme nom de scène) continuera de perpétuer cet art du pickpocketisme en substituant cravates, portefeuilles, montres, et autres objets personnels sur ses spectateurs, pour le plus grand plaisir du public. Chantal Saint-Jean et Jan Madd ont retracé la vie de cet homme a la carrière exceptionnelle dans un livre, Dominique le roi du bluff, disponible sur notre site en cliquant ici.
Réserver mon exemplaire du livre
